Je vous propose un petit retour sur l’excellente exposition 2011 de l’Abbaye de Daoulas intitulée « Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme ». Cet article traîne dans mes (nombreux) brouillons depuis trop longtemps et la finale de coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande m’a poussé à enfin mettre le dernier coup de clavier…
En fait je préfère l’avouer d’emblée : cette expo me touche très précisément parce que j’ai vécu en Polynésie quand j’étais adolescent. J’ai rapporté de ce « continent invisible » beaucoup de souvenirs, de sensations et d’intuitions… Mais il est vrai que le travail présenté à l’Abbaye de Daoulas est à multiples entrées.
En effet, l’objet principal est de présenter la rencontre avec « l’Autre », c’est-à-dire les contacts et rapports entretenus avec les autres cultures, à travers la vie, les écrits de Victor Segalen ainsi que l’histoire et les arts polynésiens. Segalen prit très tôt conscience que la colonisation, sociétale et religieuse, anéantissait les traditions des colonisés. Baudrillard a d’ailleurs écrit à ce sujet un troublant « Carnaval et cannibale » qui prolonge cette réflexion dans un cadre mondialisé. Face au déclin de la culture Maori, Segalen décide que « désormais, sa tâche sera de sentir et d’exprimer la saveur du Divers ».
Pour autant ce n’est pas la seule façon de lire cette exposition. En ciblant ce regard sur « l’Autre » via la relation entre Segalen et la Polynésie, ce travail nous permet d’explorer un « Divers » qui est encore aujourd’hui très marqué par son background exotique. Tahiti n’est-elle pas encore cette île, pour les européens, qui symbolise le mieux le paradis sur terre ? Pour le visiteur qui ne connaît rien, absolument rien de la culture ou de la mythologie océanienne, les masques, objets d’art et autres accessoires présentés à Daoulas relèveront sans doute du folklore. Dommage. Il manque à ce niveau un vrai travail de mise en scène. C’est mon regret.
Mais ces « Rencontres en Polynésie » sont à apprécier dans leur globalité. En présentant la façon dont les européens décrivaient les habitants des îles, en nous montrant comment le regard de Segalen a changé au contact de ces cultures océaniennes, comment également, le travail de Paul Gauguin s’est « métissé » pour se sublimer, et en nous plongeant dans l’Art polynésien, les auteurs de cette exposition nous font confiance et nous invitent, ni plus ni moins, à revisiter par nous-même l’histoire de ces rencontres passées, torturées, métissées, pour essayer d’y saisir la différence entre pittoresque et diversité. Pour essayer peut-être aussi de comprendre pourquoi il est si nécessaire pour l’humanité, de sauvegarder le Beau, d’où qu’il vienne.
Si vous n’êtes pas familier de Segalen ni d’Océanie, je vous encourage néanmoins fortement à profiter de cette exposition envoûtante. Si certains d’entre vous ont eu la chance de voir l’exposition Maori au musée du quai Branly, n’hésitez pas à enrichir cet article !
Il vous reste encore quinze jours pour aller apprécier par vous-mêmes ce travail d’exposition intéressant, destiné à sensibiliser sur la rencontre avec « l’Autre ».
http://www.cdp29.fr/daoulas-lesactualitesexpositionrencontresenpolynesie.html
Edit du 22/10/2011 : le musée du quai Branly propose une retransmission sur écran géant de la finale de rugby, dans le théâtre Lévi-Strauss. Lévi-Strauss… il me semble que la boucle de mon article est bouclée !
Crédits photos : Abbaye de Daoulas.



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